Une décision cohérente peut-elle être juste sans être vraie ?
On considère facilement la mise en œuvre comme la simple conséquence d’une décision. Le client décide ; il reste ensuite à traduire cette décision dans les faits.
Dans les situations patrimoniales complexes, cette manière de voir les choses ne suffit pas.
Les conditions dans lesquelles une décision pourra être mise en œuvre ne concernent pas seulement ce qui viendra après. Elles fournissent aussi des informations qui doivent pouvoir entrer suffisamment tôt dans la réflexion du client. Sans cela, une décision juste peut ne pas devenir vraie : rester hors sol, ou se révéler impropre à sa propre intention.
Le possible ne définit pas le souhaitable. Toutefois…
Faire entrer suffisamment tôt les conditions de mise en œuvre dans la réflexion ne signifie pas qu’elles doivent dicter la décision. Mais elles font partie du cadre à partir duquel le client peut décider.
Si la faisabilité devient le critère de la décision, on inverse le raisonnement : ce n’est plus ce que le client cherche à accomplir qui détermine ce qui doit être envisagé ; c’est le champ du possible qui finit par déterminer ce qu’il peut décider.
La faisabilité doit donc informer la décision sans s’y substituer.
Mais l’inverse serait tout aussi problématique : ignorer les conditions de réalisation au motif qu’elles seront traitées plus tard revient à décider sans intégrer une partie de ce que cette décision implique réellement.
Ce que la faisabilité change à la décision
Un client souhaite transmettre un actif à parts strictement égales entre ses trois enfants. Cette décision peut être parfaitement juste au regard de son histoire familiale, de sa conception de l’équité et de ce qu’il cherche à transmettre avec cet acte.
Mais si l’actif est indivisible, qu’un partage compromet sa valeur ou son fonctionnement, et qu’il n’existe pas suffisamment de liquidités pour compenser les autres héritiers, cette décision n’est pas réalisable telle quelle.
La difficulté n’est alors pas de dire que la décision était mauvaise. Elle était juste au regard du référentiel du client, mais elle n’était pas encore vraie au regard de ses conditions de réalisation.
C’est précisément ici que la faisabilité entre dans la décision.
La faisabilité ne vient pas remplacer le référentiel du client, ni définir à sa place ce qui serait souhaitable. Elle oblige à reprendre le raisonnement pour chercher une décision qui reste fidèle à l’intention initiale tout en pouvant effectivement prendre forme. Elle participe à la formation de la décision et, ce faisant, à en éprouver la justesse.
Le rôle de l’accompagnement n’est donc pas de réduire la décision au faisable, mais de permettre au client de construire une décision qui reste fidèle à son référentiel tout en pouvant prendre forme.
Préserver la cohérence dans la mise en œuvre
Une fois la décision prise, l’enjeu change de nature.
Il ne s’agit plus seulement de vérifier qu’elle peut être mise en œuvre, mais de veiller à ce que sa réalisation reste fidèle à ce qui lui a donné son sens.
Cette continuité n’est jamais totalement acquise. Une situation patrimoniale évolue. Les règles changent, les circonstances familiales ou entrepreneuriales aussi. De nouveaux éléments apparaissent et obligent parfois à adapter ce qui avait été envisagé.
La cohérence ne consiste donc pas à exécuter mécaniquement une décision initiale. Elle consiste à préserver, à travers les adaptations nécessaires, ce que le client cherchait réellement à accomplir.
Cette exigence revêt toute son importance lorsque plusieurs intervenants participent à la mise en œuvre. Juristes, fiscalistes, banques, gérants ou conseils peuvent chacun intervenir correctement dans leur domaine et pourtant produire, ensemble, quelque chose qui s’éloigne progressivement de l’intention du client.
Une mise en œuvre réussie ne se mesure donc pas seulement à la qualité de chacune de ses composantes, mais à la capacité à maintenir leur cohérence d’ensemble.
C’est aussi ce que signifie accompagner une décision de A à Z : faire en sorte que ce qui prend finalement forme reste fidèle à ce que le client avait réellement décidé.
Une décision cohérente n’est donc pas seulement une décision que le client peut assumer. Elle est une décision dont les conditions de réalisation ont été suffisamment intégrées pour qu’elle puisse prendre forme sans perdre ce qui l’a rendue juste.